Ce séminaire de 2 jours a regroupé une vingtaine de participants autour du thème central de la censure de la musique dans différents pays Africains. Les participants étaient issus de divers pays (Congo Brazaville, Danemark, France, Ghana, Guinée, Mauritanie, Nigeria, Pays Bas, Rwanda, Sénégal, Suède) et de divers horizons (musiciens, journalistes, universitaires, spécialistes de droits de l’homme). Le séminaire vu par la presse locale sénégalaise Cette rencontre a vu une participation active de 4 médias sénégalais (3 de la presse écrite quotidienne et 1 d’une radio communautaire) et la radio internationale française RFI, était aussi représentée. Les journalistes qui ont participé au séminaire de Freemuse sont des spécialistes de la culture, responsables des rubriques culturelles dans leurs différents supports. Le séminaire de Freemuse a été jugé original par les journalistes sénégalais avec un choix de thème bien réaliste sur les questions de censure qui représentent un handicap majeur dans le secteur de la musique. Ils ont également trouvé de l’intérêt dans la possibilité d’avoir des informations sur la censure et l’autocensure dans d’autres pays, d’autres continents, ce qui n’est pas toujours évident. Pour un des journalistes, l’originalité de cette rencontre pour un reporter de terrain, c’est d’avoir dépassé le statut de simple reporter et de se sentir comme un participant à part entière. Freemuse pose les réels problèmes de la censure musicale, ce qu’on soupçonnait en privé est dit ici dans un cadre formel et cela devra forcément avoir un impact et aider les autorités sénégalaises à prendre en charge les problèmes. L’idée de mettre en place un cadre juridique pour étendre les compétences du Haut Conseil de l’Audiovisuel (HCA) a été soulevée lors du séminaire et cela pourrait aider les artistes dans l’équilibre du temps de parole qui leur est réservé sur les ondes. Atelier sur les femmes musiciennes Cet atelier a regroupé 12 participants dont les 2 femmes musiciennes de la rencontre de Freemuse. Les discussions dans cet atelier ont porté sur différents points qui sont les suivants: - Le corps, la tenue de la femme musicienne - Les paroles des chansons - La femme musicienne et les instruments - La femme dans l’industrie musicale La femme musicienne et l'expression corporelle La femme musicienne est-elle libre dans son expression corporelle? Dans cette question, le point sur la religion frein de la liberté de la femme a été beaucoup débattu. La religion voile les femmes et les femmes musiciennes, comme les autres, n’ont pas le droit de montrer leur corps. Ce qui peut être toléré pour l’homme devient indécent quand il s’agit de la femme. Le poids de la tradition et du contexte socio culturel participe également à la censure de l’expression culturelle. La femme musicienne est aussi une femme au foyer qui doit donner un bon exemple à ses enfants et respecter son mari. Pour les femmes musiciennes qui ont participé à l’atelier, la femme ne devrait pas seulement être réduite à son corps et elle ne doit pas accepter d’être juste utilisée comme un objet. Ce qui importe est le talent et on peut être une bonne musicienne et réussir son art sans se dénuder. On n’est pas obligé de succomber au marketing de l’industrie musicale et de suivre la mode de faire passer le corps avant la voix car le talent est le plus important. Pour certains participants, l’expression corporelle a son importance dans le secteur de la musique et beaucoup de maris sont responsables de l’échec de leurs femmes musiciennes pour les avoir limitées dans leur habillement. La spécificité de l’Afrique où le nu peut parfois faire partie des coutumes a également été soulevée et on ne doit pas diaboliser l’artiste femme qui montre son corps car dans l’Afrique du passé, le nu représente certains symboles comme la reproduction ou la puberté et non pas l’indécence. Les paroles de la femme musicienne Les restrictions dans les paroles des chanteuses remontent au passé où la femme avait peu de droit avec le système patriarcal. Le droit de parler en public n’était pas donné aux femmes et c’est toujours le cas aujourd’hui à l’église ou à la mosquée, la femme ne peut pas chanter les chansons modernes au Ghana par exemple sans être marginalisée et elles sont obligées de se réfugier dans le gospel. Les femmes sont mal vues quand elles chantent l’amour, la politique etc. Cette situation oblige les femmes musiciennes, plus que les hommes, à s’autocensurer et à faire des chansons suggestives, si ce n’est pas des chansons laudatives comme les griottes au Sénégal. La liberté des paroles dans les chansons des femmes n’est acceptée que de façon marginale et dans des manifestations privées où les femmes peuvent exhiber leur corps et proférer les paroles défendues en public, comme cela se fait au Sénégal. Dans d’autres pays comme l’Iran, il est interdit à la femme de jouer en public sous le risque d’être bannie par les siens. La femme musicienne et les instruments Jouer de l’instrument a toujours été considéré comme tabou pour la femme. La connotation sacrée donnée à l’instrument exclut la femme qui est souillée, n’a pas de don surnaturel. Il y a une censure de la femme instrumentaliste et au Nigeria ou au Ghana par exemple, la femme n’a pas le droit de jouer à un tambour qui fait appel à la divinité et qui a un pouvoir spirituel, tout comme l’exemple de cette Cubaine qui s’est imposée pour jouer du tambour yorouba. La femme dans l’industrie musicale Dans la musique, il n’y a pas de femme manager, pas de tourneur femme et tout ce que fait la femme musicienne est géré par les hommes, ce qui explique son exploitation, s’exprime une des musiciennes qui a participé au séminaire. Le problème de l’exploitation de la femme n’est pas spécifique à la musique mais le combat de la musicienne est double, du fait de son statut de femme et d’artiste dans une société qui l’accepte difficilement. Les groupes de femmes sont souvent victimes des producteurs qui les exploitent et les utilisent pour les jeter dès qu’elles ne rapportent plus. Des exemples de grossesse ont été cités et même des chanteurs peuvent exploiter les chanteuses aussi. Pour avancer et survivre dans ce monde, les musiciennes doivent rester vigilantes et éviter plusieurs pièges, comme c’est le cas du seul groupe de rappeuses sénégalaises qui subsiste toujours. Selon des considérations historiques, la femme est un être faible qui doit être protégée par l’homme. Elle a peu accès à l’industrie musicale, ni à l’information. Elle a besoin d’être documentée et d’avoir les moyens de son autonomie. Une forte mobilisation avec une association puissante pourrait leur apporter beaucoup, avec le soutien d’une Institution comme Freemuse. Séminaire cordial et riche Dans le contexte sénégalais, ce qui frappe d’entrée dans ce séminaire de Freemuse c’est l’absence de protocole, la fidèle participation des invités (peu d’absents) et l’esprit d’aller à l’essentiel. Ce fut un séminaire familial, cordial dans sa simplicité et instructif dans son professionnalisme et la richesse de ses participants. Les échanges lors des séances plénières et des ateliers thématiques ont permis d’apprendre beaucoup les uns des autres et ce qui était plus marquant était les témoignages des acteurs eux-mêmes. Chaque participant est sorti de cette rencontre en ayant appris quelque chose qu’il ne soupçonnait pas et cela était la bonne trouvaille de Freemuse d’avoir choisi des gens venant de toutes les contrées et de tous les secteurs. Les personnes ressources étaient à la hauteur du sujet et leurs apports sur les plans historique, social et artistique ont donné un plus aux artistes pas toujours au faîte de certaines considérations d’ordre général. L’organisation du séminaire a été d’une flexibilité telle que la presse a pu participer aux échanges et faire aussi son travail de couverture médiatique, ce qui s’est traduit par des articles publiés en grande partie dans les pages culture des quotidiens représentés, au lendemain du séminaire. Extrait d'un article de Le Quotidien, un journal sénégalais.
Article par Mbagnick Ngom, publié dans le journal Wal Fadjri (Dakar) on 11th of April, 2005:Censure musicale : ces garde-fous qui étouffent l'expression artistique
Article par Mbagnick Ngom, publié dans le journal Wal Fadjri (Dakar) on 12th of April, 2005:Freemuse : un forum pour les compositeurs menacés |
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 Un article de Le Quotidien, un journal sénégalais.
 Sénégal 2005 rapport du séminaire
Log-on pour les participants du séminaire |